Né à Kinshasa, en République démocratique du Congo, Jean Wetshodima Olongo, connu sous le nom de Wetsho, dessine depuis son enfance. Formé aux Beaux-Arts de Kinshasa, il s'éloigne progressivement de la peinture réaliste pour développer, à partir de 2023, une pratique abstraite profondément liée à sa spiritualité.
Ses œuvres, peuplées de figures hybrides et de présences mystérieuses, explorent les relations entre le monde visible et l'invisible. Peignant directement avec ses doigts, sans pinceau, il considère la toile comme un espace de manifestation des énergies spirituelles.
Pour Art Kelen, il revient sur son parcours, son processus créatif et la place que la peinture occupe dans sa vie.
Vous avez commencé à dessiner très jeune, dès l’âge de 9 ans. Quel souvenir gardez-vous de vos premières expériences artistiques ? À quel moment avez-vous compris que la peinture occuperait une place importante dans votre vie ?
Les souvenirs que je garde de mes premières expériences artistiques sont à la fois marquants et révélateurs de ma passion pour le dessin. À cette époque, mes parents me réprimandaient souvent, car ils avaient l’impression que je devenais un enfant trop distrait, constamment absorbé par le dessin. J’y consacrais tellement de temps et de concentration que j’en oubliais parfois tout ce qui m’entourait. Il arrivait même que mes dessins sur papier soient déchirés et que je sois parfois frappé à cause de cette passion que mes parents ne comprenaient pas encore.
J’ai véritablement compris que la peinture occuperait une place importante dans ma vie à l’âge de 12 ans, lorsque j’ai réalisé mon premier portrait à l’huile sur toile, bien avant d’intégrer les Beaux-Arts. Ce qui m’a particulièrement marqué, c’est d’avoir réussi à le faire sans que personne ne m’ait appris à préparer ou à tendre une toile, à mélanger les couleurs, à appliquer la peinture ou à travailler les nuances. J’ai réalisé cette œuvre seul, sans aucun enseignement préalable, en me laissant guider par mon instinct.
À cette époque, les personnes qui découvraient mes peintures me disaient régulièrement que j’étais fait pour devenir artiste. Leurs paroles, associées à cette capacité naturelle que je découvrais en moi, ont progressivement renforcé ma conviction que la peinture n’était pas simplement un passe-temps, mais une véritable vocation.
En 2023, vous avez quitté la peinture réaliste pour vous orienter vers une approche plus abstraite et spirituelle. Qu’est-ce qui a provoqué ce changement dans votre pratique ?
En 2023, après l’obtention de mon diplôme d’État en peinture et mon entrée à l’Académie des Beaux-Arts, j’ai ressenti le besoin de développer un langage artistique qui me soit propre, de me démarquer et de créer des œuvres que personne ne pourrait reproduire à l’identique.
Cette évolution a également été profondément nourrie par ma relation avec l’invisible, qui m’a guidé à travers mes rêves et m’a progressivement révélé une nouvelle manière d’aborder la peinture.
C’est ainsi que je me suis orienté vers une expression plus abstraite et spirituelle, dans laquelle mon imagination, mon intuition et mes expériences intérieures occupent une place essentielle.
Votre travail explore les forces invisibles, les émotions et les dimensions spirituelles de l’existence. Comment ces éléments prennent-ils forme dans vos peintures ?
Je traduis ces dimensions à travers les couleurs, les formes abstraites, les textures et les contrastes entre la lumière et l’obscurité. Chaque élément exprime une énergie, une émotion ou une réalité invisible que je cherche à rendre perceptible.
Mes peintures naissent souvent de mes rêves, de mon intuition et de mes expériences spirituelles. La toile devient ainsi un pont entre le monde visible et l’invisible, permettant au spectateur de percevoir ce qui ne peut pas toujours être expliqué par les mots.
Les rêves et la méditation occupent une place importante dans votre processus créatif. Pouvez-vous nous raconter comment naît une œuvre, de la première intuition jusqu’à sa réalisation ?
Lorsqu’une idée me vient de représenter une réalité invisible, des énergies ou l’influence du monde visible et de l’invisible, j’entre directement en contact avec l’invisible.
Celui-ci me répond, soit à travers un rêve, soit par une vision, en me montrant de quelle manière je dois représenter sur la toile ce que je souhaite transmettre.
Vos peintures présentent souvent des figures hybrides, entre formes humaines et abstraites. Que représentent ces figures pour vous ?
Ces figures représentent pour moi les formes originelles de certaines créatures invisibles, telles qu’elles existent dans leur propre monde.
Vous avez choisi de peindre directement avec vos doigts, sans utiliser de pinceaux. Comment cette technique s’est-elle imposée à vous et qu’apporte-t-elle à votre relation avec la toile ?
Pour moi, la toile est une surface de manifestation. Le choix de peindre directement avec mes doigts s’est imposé naturellement, dans le désir d’établir un contact spirituel direct avec la toile, sans aucun intermédiaire.
Cette technique me permet de déverser mon énergie spirituelle positive sur la toile de manière directe et brute, en faisant de mon geste un prolongement immédiat de cette énergie.
La couleur et la matière sont particulièrement présentes dans vos œuvres. Comment choisissez-vous vos couleurs ? Ont-elles une signification particulière ou vous laissez-vous guider par votre intuition ?
Le choix des couleurs se fait directement par l’invisible, et mon rôle consiste à reproduire ce qui m’est révélé.
J’utilise principalement la couleur pour activer ou mettre en mouvement les énergies dans mes œuvres. Certaines couleurs possèdent également des significations précises, qui participent au langage spirituel de ma peinture.
Vous avez étudié aux Beaux-Arts de Kinshasa. Quelle influence cette formation et, plus largement, la scène artistique kinoise ont-elles eue sur votre parcours ?
Ma formation aux Beaux-Arts de Kinshasa m’a permis d’acquérir des bases techniques et de mieux comprendre les exigences de la peinture. Cependant, j’ai progressivement ressenti le besoin de dépasser les approches académiques pour développer mon propre langage artistique, fondé sur l’abstraction et la spiritualité.
La scène artistique kinoise m’a également permis d’observer certains actes que les gens posent par ignorance, sans toujours mesurer leur influence dans le monde invisible. Ces observations m’ont donné une raison supplémentaire de m’adresser à eux à travers mes œuvres, afin de mettre en lumière les liens entre nos actes dans le monde visible et leurs répercussions dans l’invisible.
Votre peinture semble être autant une démarche artistique qu’une quête personnelle. Est-ce que peindre a changé votre manière de vous comprendre ou de regarder le monde ?
La peinture m’a appris à ne plus juger les personnes à travers leurs apparences. Elle m’a également amené à maintenir une conduite positive et juste, afin de servir d’exemple dans le monde physique.
Si vous deviez choisir une œuvre qui représente particulièrement bien votre univers artistique et votre démarche actuelle, laquelle serait-ce et pourquoi ?
Magnus Magister représente la souveraineté du Grand Maître du royaume invisible des eaux, auquel j’ai souhaité rendre hommage à travers cette œuvre.
Au centre de la composition apparaît une créature mi-humaine, mi-requin, tenant un trident jaune, symbole de son autorité et de sa royauté. Autour d’elle, des silhouettes aquatiques représentent les entités invisibles de ce royaume, réunies autour de leur souverain. Le bleu évoque l’élément eau, tandis que le fond noir symbolise le mystère et le monde invisible.
Cette œuvre occupe une place particulière dans mon parcours artistique et spirituel. Je considère que sa création a été guidée par le Grand Roi lui-même. Elle représente pour moi une connexion profonde avec le monde invisible et demeure l’une de mes créations les plus sacrées.