Je connaissais déjà le travail d'Alioune Diagne. J'avais vu ses œuvres en photo, suivi son parcours et j'avais hâte de les découvrir enfin en vrai. Son langage pictural, composé de milliers de petits signes qui, de loin, se transforment en portraits ou en scènes de vie, est immédiatement reconnaissable. Mais voir ses œuvres réunies dans l'espace de la Galerie Templon est une expérience complètement différente. Certaines œuvres prennent une tout autre dimension lorsqu'on les découvre hors des écrans. Avec Saytu, c'est exactement ce qui s'est passé. Dès la première salle, j'ai compris que cette exposition allait bien au-delà de ce que j'avais imaginé.
Très vite, je me suis surprise à ralentir, à regarder plus longtemps et à revenir sur certaines œuvres.
Le titre de l'exposition prend alors tout son sens. En wolof, saytu signifie rechercher, observer attentivement pour trouver et préserver ce qui est précieux. C'est exactement ce que l'on fait en parcourant cette exposition.
Pendant plusieurs mois, Alioune Diagne est allé à la rencontre des communautés Bassari, Bédik, Dialonké et Coniagui, dans différentes régions du Sénégal. Il ne cherche pas à raconter leur histoire de manière documentaire. Il en restitue plutôt une mémoire, une énergie, une présence. Les danses, les cérémonies, les regards et les costumes deviennent une matière vivante qui traverse toute l'exposition.
Mais ce qui m'a le plus marquée n'était pas forcément ce à quoi je m'attendais. Dans une salle, un immense mur rassemble une centaine de petits portraits. Je suis restée devant très longtemps. À les regarder un par un. À me demander lesquels je choisirais si je devais en accrocher un chez moi:)
Comme souvent, mon regard revenait vers les portraits de femmes. Je ne sais pas vraiment pourquoi. Peut-être leurs expressions, peut-être les couleurs, peut-être quelque chose de beaucoup plus instinctif.
C'est le genre d'œuvre devant laquelle on ne passe pas simplement. On prend le temps de choisir ses préférées, puis on change d'avis quelques minutes plus tard parce qu'un autre visage nous appelle.
J'aime beaucoup les couleurs qu'utilise Alioune Diagne. Des couleurs pastel, mais jamais fades. Elles sont douces et lumineuses à la fois. Elles ne cherchent pas à attirer l'attention. Elles créent plutôt une atmosphère. Je trouve qu’elles donnent envie de s'approcher pour comprendre comment elles sont construites.
Et puis il y a cette technique si particulière. De près, on ne voit presque qu'une multitude de petits signes. On pourrait croire à une écriture inventée. En reculant de quelques pas, tout devient évident. Les visages apparaissent, les gestes prennent forme, les émotions aussi. C'est fascinant!
En lisant le texte de l'exposition, j'ai découvert que Faces/Time, cette installation de cent portraits, rassemble les visages des personnes croisées par l'artiste au cours de son voyage. Une manière de conserver une mémoire, mais aussi de nous interroger sur ce que nous choisissons de garder aujourd'hui, à une époque où tout est photographié, partagé, puis oublié presque aussitôt. Je crois que c'est ce que j'ai le plus aimé dans Saytu.
L'exposition parle de traditions, de transmission et de patrimoine, mais elle ne donne jamais l'impression de regarder vers le passé avec nostalgie. Elle montre que ces histoires continuent de vivre, qu'elles se transforment et qu'elles ont encore beaucoup à nous raconter.
Je suis sortie de la galerie avec l'envie d'y retourner… et d'écrire sur cette exposition. Lorsque ces lignes sont publiées, Saytu aura déjà fermé ses portes. J'espère simplement que cet article vous donnera envie de suivre le travail d'Alioune Diagne et de ne pas manquer sa prochaine exposition.